dimanche 18 octobre 2015

Est-ce que l'homme est aussi intelligent que la fourmie ?

Quand on parle d’intelligence collective on a souvent l’impression de quelque chose d’assez flou, d’aléatoire, ce terme offre une dimension presque divine à ce qu’on pourrait aussi appeler l’organisation autogestionnaire du vivant. Car il s’agit de cela !  Le vivant crée de manière spontanée une multitude de structures d’organisations autogérées et impressionnantes d’efficiences. Comme vous l’aurez donc compris, aujourd’hui nous allons plonger dans le domaine passionnant de l’intelligence collective. 

1 – L’intelligence collective dans la nature.

Commençons par le commencement, tout d’abord, qu’est ce que l’intelligence collective ?
Il s’agit de la capacité cognitive d’un groupe d’individus interagissant les uns avec les autres, formant par leurs interactions, une organisation plus ou moins complexe. La connaissance de la structure globale est ignorée par les membres du groupe qui n’ont qu’une perception partielle de la structure globale, ils n’ont pas conscience de la totalité des éléments qui influencent le groupe. D’un point de vue extérieur, la multitude d’interactions entre les différents membres du groupe formera ce qu’on appelle communément une synergie ou une stigmergiechez les espèces eusociales.
Dans le règne animal, l’intelligence collective s’observe principalement chez les insectes sociaux (fourmis, termites, abeilles), et les animaux communautaires, notamment se déplaçant en formation (oiseaux migrateurs, bancs de poissons) ou chassant en meute (loups, hyènes, lionnes). C’est au sein des sociétés d’insectes que l’on rencontre les formes d’organisation les plus complexes et également les structures les plus élaborées.
Banc de poisson
Banc de poissons
Essaim d'abeille
Essaim d’abeilles
spotted_groupinwater
Meute de hyènes


Si l’on prend l’exemple des fourmis, on a longtemps pensé – à tort – que les sociétés de fourmis fonctionnaient sur un mode d’organisation semblable à celui qui domine dans nos sociétés humaines, à savoir un système hiérarchique et très centralisé. Mais les études réalisées au cours des quarante dernières années ont mis en exergue des mécanismes d’auto-organisation caractérisant les phénomènes de coordination collective à l’intérieur de ces sociétés. La colonie dans son ensemble est en effet un système complexe auto-régulé, capable de s’adapter très facilement aux fluctuations environnementales sans contrôle externe et de manière totalement distribuée.
Dans une publication de 2009 (1), Guy Théraulaz – directeur de recherches au CNRS, Docteur en neurosciences et en éthologie – nous explique que le cerveau des fourmis, qui comprend environ cent milles neurones, n’est pas suffisamment performant pour permettre à une seule fourmi d’emmagasiner l’ensemble des informations sur l’état de la colonie et assurer ensuite la répartition des tâches et le bon fonctionnement de la société. En outre, les fourmis ne possèdent aucune connaissance explicite des structures qu’elles produisent ; chaque fourmi n’a généralement accès qu’à une information très limitée sur ce qui se déroule dans son environnement. Le fonctionnement de ces sociétés repose en grande partie sur des réseaux complexes d’interactions – sans chef d’orchestre – permettant aux fourmis d’échanger de l’information et de coordonner leurs activités.
teamwork-fourmis

2 – L’intelligence collective humaine

L’intelligence collective est un élément fondateur des organisations sociales. Qu’il s’agisse d’une entreprise, d’un gouvernement ou d’une équipe de sport, tous ont en commun de rassembler des individus pour échanger et collaborer de telle manière à trouver un avantage supérieur tant individuel que collectif à ce qui aurait été obtenu si chacun avait agit isolément. Il existe dans les sociétés humaines différentes formes d’intelligence collective. Nous allons ici les énumérer et étayer leurs caractéristiques – de façon non exhaustive – en nous appuyant sur les travaux de Jean François Noubel – chercheur et fondateur du Collective Intelligence Research Institute – et en particulier sur une publication de 2004 s’intitulant « L’intelligence collective, la révolution invisible ».

a) L’intelligence collective pyramidale

L’intelligence collective pyramidale anime aujourd’hui la grande majorité des organisations humaines, et c’est elle qui se trouve au cœur de notre système politique et économique. Elle permet de mettre en œuvre une « machinerie sociale » qui coordonne et maximise la puissance de la multitude. Cette forme d’intelligence collective coïncide avec la naissance de l’écriture et le début des grandes civilisations. 
Nous entrons ici dans une mutation inédite de l’histoire de l’humanité, marquée par une explosion de complexités et de changements massifs tels que l’arrivée de l’agriculture, la sédentarisation, la spécialisation du travail et l’urbanisation des territoires. L’écriture constitue la technologie centrale permettant à l’intelligence collective pyramidale de fonctionner. On peut ainsi sortir des traditions orales où il faut se trouver dans le même espace-temps pour communiquer. L’écriture a alors permis de transmettre des directives, d’administrer, de compter.
Au sein des édifices humains à intelligence collective pyramidale, le travail est divisé, c’est-à-dire que chacun doit se mouler dans un rôle prédéfini. La division du travail a pour corollaire la division de l’accès à l’information. Ainsi, la totalité de l’information converge vers un point central, tout en étant que partiellement – voire pas du tout – accessible aux autres.
On nomme cette propriété panoptisme. L’autorité constitue également un principe actif de cette forme d’intelligence collective : qu’elle soit de droit divin, au mérite ou par filiation, l’autorité instaure une dynamique dite de commande et de contrôle ; c’est une position de dominance généralement institutionnalisée (général, doyen d’université, PDG, etc.).
De plus, la monnaie est caractérisée par la rareté : il y a en effet un phénomène de concentration de la monnaie entre les mains de quelques-uns. Cette rareté organise les chaînes de subordination de ceux qui ont besoin envers ceux qui possèdent.
L’intelligence collective pyramidale fonctionne dans un contexte de forte stabilité, mais démontre une incapacité structurelle à s’adapter aux sols mouvants et imprévisibles.
Aujourd’hui nous subissons cruellement les limites des organisations de l’intelligence collective pyramidale. Leur déficience face à la complexité systémique se traduit par un symptôme courant : celui de s’engager dans des directions contraires aux volontés de leurs propres acteurs, soit parce que la coordination interne est virtuellement impossible, soit parce que les dirigeants se servent de l’opacité de fait – voire la cultivent et la légitiment – pour abuser de leurs pouvoirs.

hierarchie
Illustration humoristique sur l’organisation hiérarchique

b) L’intelligence collective en essaim

A l’image des sociétés d’insectes, l’intelligence en essaim est “aveugle” du fait de son absence d’holoptisme ; aucun des individus n’a une quelconque idée de ce qu’est l’entité émergente. Chez l’humain, on observe une forme d’intelligence en essaim qui se manifeste dans le domaine de l’économie. A chaque fois que nous effectuons un paiement, nous engageons un geste assez similaire, dans sa simplicité et sa dynamique, à celui d’un échange entre deux insectes sociaux. De la multitude de transactions simples d’individu à individu émerge un système collectif très élaboré. De plus, les nombreuses théories économiques fondent leurs doctrines sur des interactions entre agents indifférenciés (exemple : le consommateur).
Par conséquent l’intelligence en essaim fonctionne à cette condition qu’il y ait uniformité et désindividuation des agents. Ces derniers, anonymes parmi la multitude d’autres agents anonymes, y sont facilement sacrifiés au nom de l’équilibre global du système. C’est une idéologie dangereuse, puisque les faits nous montrent que pour l’instant le système se montre globalement destructeur de notre environnement et peu soucieux des vies humaines, autrement dit il semble condamné à court terme dans sa forme actuelle.
Système économique représentant l'intelligence collective en essaim
L’argent est “l’information” circulante de cette intelligence collective en essaim

c) L’intelligence collective originelle

L’intelligence collective originelle concerne l’intelligence en petits groupes dont nous avons tous une expérience directe. Au travail, dans la vie associative ou au sein d’un groupe de musique, ces différents contextes mettent en scène un petit nombre de personnes en proximité sensorielle et spatiale les unes vis-à-vis des autres.
L’autre particularité de cette forme d’intelligence collective est qu’il n’y a pas d’opposition entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif, les deux se nourrissent mutuellement, et l’on constate également une grande individuation des personnes constituant le groupe. 
Si l’on prend l’exemple d’un groupe de musique, plus le musicien devient individué et se perfectionne, plus le collectif sera nourri. Inversement, plus le collectif est soudé, plus ça va amener le musicien à exister. Enfin, l’intelligence collective originelle est caractérisée par une propriété essentielle, opposée au panoptisme : l’holoptisme.
L’holoptisme se définit comme un espace permettant à tout participant de percevoir en temps réel les manifestations des autres membres du groupe ainsi que celles émanant du groupe lui-même. Dans notre exemple, un groupe de musique fonctionne en situation d’holoptisme car chaque musicien perçoit ce que font les autres ainsi que la figure émergente du groupe. 
En outre, l’une des qualités majeures d’un bon musicien tient au fait qu’il soit capable de se sentir parfaitement relié au reste du groupe, autrement dit au tout, et qu’il y ait une relation de miroir entre lui et ce tout, constituant ainsi la cohésion du groupe.
Cette forme d’intelligence collective rencontre deux limites naturelles : d’une part numérique, car seul un nombre limité de personnes peut interagir efficacement, faute de quoi le niveau de complexité devient trop important ; d’autre part spatiale car les personnes doivent se trouver dans un environnement physique proche afin que leurs sens organiques puissent communiquer entre eux et que chacun puisse appréhender la globalité de ce qui se passe dans cet environnement donné (holoptisme).
Actuellement, une nouvelle forme d’intelligence est en train d’émerger : l’intelligence collective holomidale. Elle se caractérise par ses structures peu hiérarchisées, mais où les rôles émergent des individus. La technologie centrale de l’intelligence holomidale est internet. Elle possède également une structure très décentralisée et distribuée avec le développement d’une économie mutualiste et collaborative où la compétition et l’argent sont beaucoup moins présentes que dans l’organisation pyramidale.
3 – Les limites de l’intelligence collective humaine
Comme tout type de structures, l’intelligence collective humaine a elle aussi ses limites, voici quelques exemples de contraintes que peuvent rencontrer les groupes fonctionnant en intelligence collective.
L’intelligence collective originelle rencontre deux limites naturelles (2) :
– Numérique : seul un nombre limité de personnes peut interagir efficacement, sans quoi on atteint vite un niveau trop élevé de complexité qui génère plus de “bruit” que de résultats effectifs, ce qui limite grandement les capacités du groupe ;
– Spatiale : les personnes doivent se trouver dans un environnement physique proche afin que leurs interfaces naturelles (sens organiques) puissent échanger entre elles, afin que chacun puisse appréhender la globalité de ce qui se passe (holoptisme) et adapter son comportement en fonction.


C’est la raison pour laquelle on ne connaît aucun sport impliquant quatre-vingt joueurs. Cette limitation est également valable pour les groupes de jazz, les meetings professionnels, etc. Lorsque nombre et distance deviennent trop importants, il y a généralement fractionnement. D’autres stratégies, d’autres organisations ont été développées au cours de l’évolution, nous allons maintenant les aborder.

Limite de l’intelligence collective pyramidale (2)
L’intelligence collective pyramidale a bien entendu des limites : contrairement à l’intelligence collective originelle, elle démontre une incapacité structurelle à s’adapter aux sols mouvants, imprévisibles et disruptifs de la complexité.
– Division du travail : l’architecture sociale est “codée en dur” (organigrammes, définitions de poste, niveaux d’accès à l’information…), en aucun cas cette dernière ne peut s’automodifier au fil des circonstances comme dans le cas d’une équipe de sport. Quels que soient les efforts effectués pour améliorer et optimiser la circulation de l’information, on buttera toujours sur les limites intrinsèques de la structure hiérarchisée, ses effets cliquets, sa dynamique fondée sur les territoires et les prérogatives ;
– Autorité : les organes de direction, réduits à des minorités dirigeantes, sont par nature incapables de percevoir et traiter l’énorme flux d’informations qui traversent le grand corps de l’organisation dont elles ont la charge. Voilà qui engendre des visions réductionnistes, sources de nombreux conflits entre la “tête” et la “base” ;
– Argent rare : la rareté engendre une compétition qui minimise d’autant la collaboration, donc la capacité d’adaptation ;
– Standards et normes : le plus souvent subordonnés à une logique de compétition, ils servent une stratégie de territoire et de monopole par principe de raréfaction artificielle du savoir (brevets, propriété intellectuelle…), plutôt qu’une maximisation de la perméabilité et de l’interopérabilité avec le monde extérieur. L’exemple le plus connu dans le monde de l’informatique est celui du système d’exploitation Windows de Microsoft qui occupe l’immense majorité des microordinateurs, ce qui rend l’utilisateur final dépendant des évolutions, lui permet difficilement d’évoluer vers d’autres environnements, et impose à l’ensemble du marché des “points de péage” (licences, agréments, formations, etc).
Autres contraintes des intelligences collectives.
  • les décisions de groupe, où les membres n’osent pas dire ce qu’ils pensent ;
  • l’acceptation passive d’un état de fait dont l’individu se doute qu’il mène à une catastrophe ;
  • les discussions sur les choix et les conséquences des décisions souvent confuses et ne menant à rien ;
  • l’avis des experts sans conséquence face à l’opinion d’un groupe dont les individus se trompent ;
  • ou au contraire les participants acceptant sans réflexion l’avis d’experts ;
  • les votes démocratiques qui portent un dictateur à la tête du groupe ;
  • les représentations collectives qui norment les comportements aux détriments d’une classe ou d’une autre.
L’intelligence collective est ainsi limitée par des effets de groupe (conformisme, crainte, fermeture, absence de procédure, homogénéité idéologique), au point que l’individu seul peut parfaitement être plus intelligent que tout un groupe car, il conserve mieux sa pensée critique seul que sous l’influence du groupe.
Toutefois, les critiques ci-dessus s’appliquent plus au travail collaboratif de type humain qu’à l’intelligence collective de type fourmi (Intelligence distribuée). Toute personne peut se faire une opinion propre. Les fourmis ne semblent pas avoir d’opinion, ni même d’intérêt personnel différent de l’intérêt du groupe. (3)
 4 – L’intelligence collective virtuelle (Internet)
Internet peut être considéré comme un immense réseau neuronale planétaire, interconnectant les individus du monde entier en temps réel. Ce réseau d’ordinateurs interconnectés, prolongements électroniques des cerveaux humains donna naissance à la plus vaste structure d’intelligence collective virtuelle au monde.
Modélisation d'un réseau de 5 millions de nœuds
Modélisation d’un réseau de 5 millions de nœuds
Dans cette modélisation, l’ingénieur réseau Barrette Lyon a réalisé avec l’aide du logiciel Traceroute, une représentation visuelle d’un réseau de 5 millions de nœuds. Comme vous pouvez le constater, la représentation graphique de ce réseau peut étrangement ressembler à celui de nos neurones cérébraux ou de la structure d’un réseau de galaxies. Il s’agit simplement de la propriété géométrique de ce type de structures : le réseau.
Réseau de neurones
Réseau de neurones
Réseau de galaxies
Réseau de galaxies
réseau capillaire. (Image prise au microscope optique. Valeur d'agrandissement non disponible
Réseau capillaire. (Image prise au microscope optique. Valeur d’agrandissement non disponible
Ce réseau interconnecté peut-être considéré comme l’outil créant la plus grande intelligence collective artificielle. Nous pouvons aisément assimiler  ce réseau à une des parties essentielle du système nerveux des so­ciétés humaines, qui peut même être comparable au système nerveux des êtres vivants.
Les hommes qui participent à la création de ce réseau ou qui l’utilise régulièrement, sont considérés comme les cellules des nouveaux nerfs et organes sensoriels dont se dote la planète. Ils sont les neurones de la Terre : les cellules d’un cerveau en formation aux dimensions de la planète Terre. (4)
Dans cette vidéo que nous avions réalisée, vous trouverez une explication sur l’organisation autogestionnaire de quelques outils d’Internet.

5 – Limites et contraintes de l’intelligence collective virtuelle

Contrairement à  l’intelligence collective naturelle qui s’organise au travers d’échanges entre êtres vivants, l’intelligence collective virtuelle se construit par l’intermédiaire de machines/outils servants de “ponts” ou “nœuds” entre les individus. De ce fait, cette forme d’intelligence collective est dissociable de celle qui s’organise naturellement dans le vivant.
Ressenti d’inutilité ou illusion d’utilité
L’intelligence collective sur Internet, peut créer, de part son fonctionnement virtuel, une impression de “remplacement” de la vie “réelle”. Cette impression est caractérisée par le manque d’impact que peuvent avoir les initiatives se restreignant à l’environnement virtuel et peut laisser un ressenti d’inutilité ou au contraire une illusion d’utilité pour les personnes participants à des initiatives ou groupes se focalisant sur Internet. 
Cette caractéristique est principalement observée dans les groupes de discussions ou mouvements dont l’activité est cantonnée sur Internet. L’illusion d’utilité est observable sur les sites à caractères “militants”, proposant de faire signer des pétitions bienfaisantes ou défendant des causes humanitaires ou environnementales. Ce processus profite ainsi de notre capacité à nous réjouir de nos bonnes actions immédiates pour créer l’illusion de l’utilité de l’action, voir pousser à l’inaction.
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Regroupement et surinformation
Les mécanismes de regroupements sont relativement différents sur la toile. Des groupes, peuvent en un rien de temps, regrouper des milliers, voir des millions de personnes autour d’une chose commune. Très souvent ces groupes permettent une communication entre personnes et un échange de données et d’informations. Des groupes de plusieurs milliers de personnes, peuvent très facilement véhiculer une masse impressionnante d’informations difficilement traitable par un humain normalement constitué.  De ce fait, la surinformation et les mécanismes qui en découlent (instantanéité, précipitation, manque d’intérêt pour ce qui n’est pas attractif au premier coup d’œil, etc) peuvent générer des effets néfastes pour l’intelligence individuelle…
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Anonymat et communication
Chose remarquable et remarquée de presque toutes les personnes ayant participé à des débats sur un réseau social virtuel. L’anonymat des individus crée soudainement une opportunité absolument merveilleuse pour “communiquer” contre l’autre et non plus avec l’autre. Toutes les barrières tombent et les noms d’oiseaux fusent, comme ci, Internet nous rendait soudainement incapable de pouvoir échanger poliment dans le respect de l’autre. Ceci donne des incompréhensions, des débats stériles, voir nocifs pour le groupe.
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Contraintes de l’outil d’intelligence collective virtuelle
Une des contraintes majeur de l’intelligence collective virtuelle est causée par les mécanismes de contrôles, poussant les gouvernements et les grandes entités privés à adopter des pratiques de surveillances de masses, de censure, de contrôle ou manipulation de l’information, d’accumulation de données sur les utilisateurs, etc. Ces contraintes ne sont pas seulement présentes sur cet outil, car elles sont généralement inhérentes aux structures pyramidales. 
L’intelligence collective virtuelle n’est pas un type de structure en soit, car sa diversité contient aussi bien des groupes fonctionnant sur des structures pyramidales, en essaims ou originelles. Seulement, les structures de contrôles fonctionnent sur des schémas pyramidaux, ces contraintes sont donc une conséquence de ce type de structure. La propriété intellectuelle peut tout aussi être assimilée à une contrainte majeure de l’outil.
L’outil est aussi privateur de données dans le processus d’échange avec l’autre. Étant des êtres doués de perceptions sensorielles, les humains ont encore (heureusement) besoin de communiquer en recevant des informations sensitives. De ce fait, l’écriture est une restriction de nos sens dans l’échange avec l’autre.
Nos yeux ne peuvent voir le visage de la personne, capter la multitude de signaux non verbaux que nous pouvons nous échanger inconsciemment, ou entendre l’intonation de la voix, la vitesse d’élocution ou le ton employé. Ceci est une perte d’information qui, certes, peut être compensée via des logiciels d’échanges audio ou vidéo, mais la plupart du temps, les échanges se font de manière écrite, cela bride nécessairement toute la complexité que procure une communication physique sans intermédiaire technologique.
  6 – Les rôles émergents dans une intelligence collective virtuelle d’échange de données.
Enfin, voici une petite infographie qui présente les différents rôles que l’on voit émerger dans les intelligences collectives d’échange de données, les individus s’orientent naturellement vers plusieurs types de rôles bien spécifiques qui servent à faire avancer le groupe.
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Anaïs Ferrara & Stéphane Hairy
Source :
(1) Guy Théraulaz, L’intelligence collective des fourmis, Le Courrier de la Nature n°250, 2009

samedi 17 octobre 2015

Le projet de loi numérique

URGENT.
Il ne reste plus que 2 jours pour contribuer à l'élaboration du projet de Loi sur le numérique.
Cette démarche originale est certainement une des meilleures occasions pour la Médiation numérique de faire entendre son point de vue et d'argumenter quant à sa place dans la loi en vue d'accompagner la Transition numérique de la société.


Arsenic et Zinc, en tant que Pôle interrégional de la Médiation numérique (Sud-Est), rejoignent pleinement les contributions de Médias Cité (Pôle Sud-Ouest).
Nous demandons alors à tous nos adhérents, partenaires, soutiens, sympathisants, usagers, amis de venir soutenir ces propositions structurantes pour notre secteur en "likant" les articles concernant la Médiation numérique et répartis tout au long du pré-projet de loi.


Pour cela, rien de plus simple. Il vous suffit d'ouvrir un compte sur la plateforme :

Puis de suivre les liens suivants afin d'apposer la mention "D'accord" :
Lutter contre l'obsolescence programmée : http://tinyurl.com/obg4e7t
Les politiques territoriales de la Médiation numérique :http://tinyurl.com/pyuqawd
L'agrément acteur de la Médiation numérique d'utilité sociale :http://tinyurl.com/nntlx63
Les Pôles régionaux de la Médiation numérique :http://tinyurl.com/ne3mmc9
La filière des activités et des métiers de la Médiation numérique :http://tinyurl.com/q28v9ys
Label Entreprise numérique citoyenne : http://tinyurl.com/pkvbhs5

La crédibilité de notre secteur passe par notre capacité à nous mobiliser le plus massivement possible autour de ces contributions.
Il ne nous reste que 2 jours !

mardi 29 septembre 2015

Formations des groupes

Un groupe est constitué d'un certain nombre d'individus poursuivant un objectif commun. Il s'appuie sur une organisation permettant la distribution des rôles et des statuts, la création des valeurs et des normes du groupe ainsi que des modalités de communication et de commandement.
Il se distingue d'un groupement par le nombre restreint de ses membres, limité à une vingtaine, mais qui en comporte habituellement une douzaine, ce qui facilite, entre eux, des relations interpersonnelles, intimes et régulières.

1. Formation des groupes

Plusieurs hypothèses ont été formulées afin d'expliquer ce qui pousse les gens à former ou à s'intégrer dans un groupe.

Le modèle utilitaire repose sur une logique de l'action, au sens où l'entendait le philosophe français Sartre (1960). Selon cette conception, l'individu prend conscience que les contradictions de l'environnement ne peuvent être surmontées que par une lutte collective, ce qui le conduit à établir des rapports d'interdépendance avec ceux partageant des intérêts communs.

Schachter (1959) a montré, quant à lui, que l'affiliation à un groupe repose sur des besoins de sécurité et d'affiliation, principalement dans les situations génératrices d'anxiété.

Le modèle de la cohésion sociale met l'accent sur la dimension affective constituée par l'attirance, fondée sur les particularités personnelles, qu'exercent les individus, les uns sur les autres. Ce modèle affirme que plus l'attirance est forte, plus la cohésion dans le groupe est importante. Si une telle cohésion renforce la participation aux tâches communes, elle peut également entraîner un changement dans les attitudes au profit de ce qui est valorisé dans ce groupe, ce qui a pour conséquence d'accentuer la conformité de chacun aux normes du groupe.

Le modèle de l'identification sociale considère que c'est l'attirance sociale, plutôt que l'attirance interpersonnelle, qui amène l'individu à se rapprocher d'autant plus des autres qu'ils présentent des attributs appartenant au prototype des catégories auxquelles lui-même s'identifie. Selon un tel modèle, le meneur d'un groupe est particulièrement idéalisé, par le fait qu'il est le plus représentatif des valeurs et des normes du groupe, surtout s'il est vu comme celui qui est chargé de mener un projet à bon port, pour le bien de tous.

L’influence déterminante est ici celle de K. Lewin et de son école. Lewin eut le grand mérite d’appliquer des méthodes rigoureuses, dérivées des techniques de la psychologie expérimentale, à l’analyse des liaisons entre comportement individuel et situation de groupe. Il dirigea en particulier, avec ses élèves, de nombreux travaux pour déterminer les effets que pouvaient avoir divers modèles de commandement sur les relations à l’intérieur de groupes expérimentalement constitués. L’expérience la plus connue est celle de R. Lippitt et R. White relative aux répercussions des types de commandement autoritaire, démocratique et «laissez-faire» sur la structure interne des groupes d’enfants. Des différentes conclusions tirées par les auteurs, la principale est que seul le climat démocratique permet aux enfants de se constituer en véritable groupe, c’est-à-dire en unité d’interaction orientée vers des fins, indépendamment du leader adulte, et de se donner d’authentiques normes. Ainsi, d’artifice expérimental le groupe tendait à devenir une réalité sociale: on saisissait sur le vif certaines conditions de formation d’un groupe primaire.

2. Communication dans le groupe

A. Bavelas et H. J. Leavitt ont étudié un problème voisin dans leurs analyses des effets de l’organisation du groupe (modèles de la chaîne, du cercle, de la roue) sur les réseaux de communication; mais, cette fois, les conclusions ne valent qu’au niveau du petit groupe et ne sauraient être généralisées aux groupes primaires, dans leur situation naturelle. Il semble que les mêmes réserves sont à faire pour les travaux de R. Bales: leurs résultats ne sauraient être appliqués, sans vérification approfondie, à des groupes réels; ces études, pourtant, ont le mérite d’apporter à l’analyse du groupe primaire des instruments d’observation souvent raffinés et tout un indispensable appareil conceptuel.

3. Training-Group

Le T-group (abréviation de basic skills training group ; en français: groupe de diagnostic ou groupe de base) a été mis au point au cours d’un séminaire tenu à Bethel (Maine, États-Unis) pendant l’été 1947. Lewin l’avait organisé avec ses premiers disciples juste avant sa mort, qui l’empêcha d’y participer. Le T-group réunit, en une douzaine de séances étalées sur plusieurs jours, une dizaine de personnes qui, en principe, ne se connaissent pas à l’avance. Il n’y a ni ordre du jour, ni président de séance, ni organisation des débats. Les participants parlent entre eux de ce qu’ils veulent. Le moniteur a pour seul rôle d’analyser avec les participants les processus psychologiques qui surviennent. De tels groupes permettent de sensibiliser les participants à la psychologie des relations interpersonnelles et des groupes et de provoquer chez eux des changements dans les attitudes envers les autres et envers les tâches (cf. L. P. Bradford; M. Pagès).

4. En conclusion...

La dynamique de groupe se particularise différemment selon les types de groupe: la famille (H. Touzard, Y. Castellan), la classe scolaire (M A. Bany et L.V. Johnson), la bande de délinquants (A. Aichhorn; F. Redl), les groupes Balint pour la Formation psychologique des médecins généralistes (A. Missenard), etc. Elle ne se limite pas non plus à la méthode et à la théorie de Lewin. La sociométrie de J. L. Moreno mesure la distribution des affinités au sein des groupes et leur incidence sur la cohésion et le moral de ceux-ci. Les douze catégories de R. Bales permettent l’observation qualitative et quantitative des interactions dans les réunions de discussions. C. Flament a appliqué la théorie mathématique des graphes à l’étude des réseaux de communications. S. Moscovici a insisté sur le rôle souvent décisif des minorités actives dans les groupes.

Si intéressantes soient-elles, ces expériences ne sont pas faciles à interpréter. D’une part parce que certaines variables essentielles, comme la discussion, la décision, la perception des opinions d’autrui n’ont pas été isolées expérimentalement et que cette insuffisance du plan de recherche nuit à la profondeur de l’interprétation; d’autre part parce que Lewin n’explique en rien pourquoi les groupes de discussion accueillirent favorablement ces tentatives d’influence. Il reste toutefois des réponse à apporter aux deux questions fondamentales: quels types de changement peuvent être acceptés et par quels types de groupes? Quelle différence y a-t-il, pour l’exercice de l’influence, entre un groupe éphémère, composé d’individus réunis pour une session et se séparant ensuite, et un groupe durable, où les relations sont intimes, c’est-à-dire, en fait, entre un groupe expérimental et un véritable groupe primaire? On est ainsi amené à prendre conscience des limites inhérentes aux recherches expérimentales sur les petits groupes et à mesurer l’importance des études consacrées aux groupes primaires dans leur situation naturelle.

lundi 28 septembre 2015

Lean Start up & holocratie

Lean Start up est issu, comme son nom l'indique, de l'univers des start-up. 
C'est un cadre méthodologique, mais aussi une posture, permetttant de créer rapidement 
des entreprises florissantes.

Lean Start up propose une synthèse d'approches préexistantes :
- La fabrication Lean, dont elle reprend la notion de petits lots et la chasse au gaspillage 
- Le Design Thinking, avec la volonté marquée d’intégrer le client au centre du processus 

d’innovation et la notion fondamentale de prototypage
- Le Développement Client (ou développement par la clientèle), en collectant de 

manière systématique un maximum de connaissances sur les clients et leurs besoins
- Le Développement Agile, en adoptant une logique itérative adaptative fondée sur des cycles courts



L’holacratie provient des mots grecs « holos » désignant « une entité qui 
est à la fois un tout et une partie d’un tout » et de « kratos » signifiant « pouvoir ».
Il s’agit donc de donner le pouvoir de gouvernance à l’organisation elle-même plutôt qu’aux egos de
 ses membres.

En effet, l’holacratie est un système de gouvernance qui s’appuie sur des principes innovants et 
opérationnels pour permettre de faire émerger l’essence, la capacité d’innovation et le potentiel 
collectif de l’organisation en la libérant des peurs et des convoitises individuelles.

Les rôles dans les îlots

Carte des rôles correspondante aux activités proposées dans ce site

mindmap ilots
on peut les retrouver en utilisation ici :
Mais on peut, ou en tout cas j’ai appliqué ces rôles dans presque toutes mes activités de cours en navigant entre groupe classe et îlots ou encore travail collaboratif tutoré.
Merci à @LaetitiaFerrari de m’avoir donné l’idée de le publier sur internet et donc d’en faire un article pour s’y référer.

dimanche 27 septembre 2015

Processus de l'innovation institutionnelle

Pourquoi et comment favoriser l’apprentissage par les pairs à l’université ?

 BY  3 COMMENTS

Dans ce post nous allons aborder l’apprentissage par les pairs, nommé aussi pairagogie, co-apprentissage, co-didaxie ou peer instruction: pourquoi et comment le mettre en place à l’université ?

L’IMPORTANCE DE L’APPRENTISSAGE PAR LES PAIRS

Lors de ma dernière mission de consultance, dans une université au Niger, j’ai commencé la séance par une expérience qui avait pour objectif de faire prendre conscience aux chefs de département de la puissance de l’apprentissage par les pairs. L’énigme ci-dessous était projetée sur le diaporama et les participants avaient à leur disposition quatre cartons de couleur (un vert, un jaune, un bleu et un rouge) pour y répondre. Allez, je suis d’humeur joueuse, je vous laisse trouver vous-même la réponse 😀
On n’est pas le lendemain de lundi ni le jour avant jeudi, demain n’est pas dimanche, hier n’était pas dimanche, après demain n’est pas samedi et avant-hier n’était pas mercredi, nous sommes:
1. Mardi
2. Jeudi
3. Vendredi
4. Dimanche
L’expérience était menée en trois temps, sur le même principe que le peer instruction développé par Eric Mazur, je détaille cette technique plus loin. Les participants votent une première fois, avec des cartons de couleur. 
A ce stade les résultats sont toujours les mêmes, il n’y a aucune couleur dominante, on voit autant de cartons bleus que de cartons jaunes, rouges ou verts. Puis ils confrontent leur réponse avec celle de leur voisin et votent une deuxième fois.
Et là… magiiiique !!! Tous les cartons levés sont d’une même couleur, de la BONNE couleur, même s’il reste toujours un ou deux cartons égarés.
Cette petite expérience, certes biaisée, permet de faire prendre conscience aux participants, de manière simple, rapide et ludique, que l’étudiant n’apprend pas uniquement au contact de l’enseignant. Il apprend également au contact de ses pairs. L’axe étudiant-étudiant est aussi important que l’axe enseignant-étudiants. Je vais citer ici quelques résultats de recherches qui montrent les bénéfices de l’apprentissage par les pairs (Johnson & Johnson, 1989; Buchs, 2008; Svinicki & Mc Keachie, 2011) :
1) il favorise la motivation des étudiants parce qu’il renforce le sentiment de responsabilité personnelle ;
2) il accroît la qualité des apprentissages. L’étudiant qui écoute l’explication comprendra mieux l’explication donnée par un autre étudiant que celle donnée par l’enseignant expert dans son domaine, parce qu’ils vont utiliser les mêmes mots et partent d’un même niveau de compréhension.
 L’étudiant qui donne l’explication assimilera mieux ce qu’il a appris et ce, pour deux raisons. Premièrement, dés lors qu’il sait qu’il va devoir l’expliquer à un pair, il va prêter davantage attention à ce qu’il apprend. Deuxièmement, le fait d’expliquer à quelqu’un favorise la rétention et la compréhension.
3) il améliore la relation entre étudiants. Ils se positionnent davantage dans une relation d’entraide et de coopération que dans une relation individualiste et compétitive.
4) j’ajouterai une quatrième dimension: l’apprentissage par les pairs permet aussi aux étudiants de développer certaines compétences transversales qui sont attendues sur le marché du travail, telles que le travail en équipe, l’écoute active ou l’argumentation.
Samuel Nowakowski m’a fait découvrir une superbe conférence TED de Sugata Mitra qui montre bien la puissance de l’apprentissage par les pairs. Ce chercheur a mené une expérience dans des villages en Inde qui s’intitule « The hole in the wall ». Sugata Mitra a installé des ordinateurs dans des murs. Personne dans ces villages n’avait encore vu ni manipulé d’ordinateur « c’est la première fois que je vois une télé sur laquelle je peux faire des choses » dira un enfant. 
Par curiosité, les enfants ont commencé à s’intéresser à ces ordinateurs installés dans les murs, et petit à petit ils ont appris à l’utiliser en s’enseignant les uns les autres. Trois mois plus tard, au retour du chercheur, les enfants lui ont dit qu’ils avaient besoin « d’un processeur plus rapide et d’une meilleure souris ». 
Par ailleurs, l’ordinateur était en anglais, personne ne parlait l’anglais dans le village et le chercheur a pu constater qu’ils avaient appris, seuls, 200 mots « vous avez laissé cette machine qui parle uniquement anglais, donc nous avons dû apprendre l’anglais ».

COMMENT LES ETUDIANTS APPRENNENT-ILS AU CONTACT DES AUTRES ?

Nous apprenons au contact des autres parce que les interactions génèrent un processus que l’on nomme « le conflit socio-cognitif ». « Une personne est en conflit socio-cognitif lorsque ses conceptions et ses structures cognitives sont confrontées à des informations perturbantes, incompatibles avec son système de connaissances préalables.
La perturbation cognitive qui en découle va engager la personne dans la recherche d’un nouvel équilibre cognitif qui tiendra compte des informations perturbantes » (Daele, 2010, p.1). 
La vidéo de Françoise Docq intitulée « interaction et apprentissage » explique également parfaitement bien ce qu’est le conflit socio-cognitif (à partir de 4.43). Je vais illustrer ce concept par une métaphore culinaire MIAM ! (cf. Cartoon en bas du post). Imaginons, vous êtes en pleine discussion avec un ami et, tout en vous goinfrant d’un mars, vous lui dites « le chocolat c’est méga bon à la santé, c’est d’ailleurs pour ça que j’m’oblige à en manger au moins trois fois par jour, je fais du bien à mon corps» (phase 1 de la figure ci-dessous).
Votre ami vous répond « oui, enfin… le chocolat qu’tu bouffes est surtout bourré d’gras et saturé en sucre ». WAAAAAA, cette réponse vous a COMPLETEMENT destabilisé (phase 2), « T’as tord !!! Et le tort tue !». Votre ami argumente, vous explique sa conception des choses, vous lui expliquez la vôtre, le doute s’installe «… euh…ah bon ??! … euh… t’es sûr? mes chocolats ne seraient pas bon à la santé ? tous les chocolats ne seraient pas bon à la santé ? mais pourquoi ? c’est bizarre…mhm ». 
En rentrant chez vous, vous poursuivez vos recherches sur internet pour essayer de savoir qui a raison et pourquoi. Vous salivez déjà à l’idée de lui dire: AH! tu vois j’avais raison !!!. Après recherches et réflexion, vous en arrivez finalement au constat que votre ami, le bougre, avait bien raison !!! Et là, vous avez fait évoluer vos représentations, vous avez évolué, vous avez appris (phase 3).
Destabilisation
Pour qu’il y ait conflit socio-cognitif, il faut bien évidemment que les deux interlocuteurs soient en désaccord, d’où l’intérêt de demander aux étudiants d’échanger avec le voisin qui n’a pas donné la même réponse que lui. S’il n’y a aucune divergence de point de vue, il n’y aura pas de déstabilisation, pas de processus de réflexion individuelle et donc pas d’évolution de ses représentations (Daele, 2010, p.3).

EXEMPLES D’ACTIVITES PEDAGOGIQUES QUI FAVORISENT L’APPRENTISSAGE PAR LES PAIRS

Voici quelques exemples d’activités pédagogiques qui favorisent l’apprentissage par les pairs. J’ai choisi de l’axer sur différents types de travaux de groupe, mais il y a d’autres manière de faire de la pairagogie, comme l’organisation de débats, l’apprentissage par projet ou l’apprentissage par problème.
Groupe
As an expert
1- Chaque groupe travaille sur un thème différent. Pendant la séance, l’enseignant distribue quelques documents aux différents groupes, les groupes peuvent aussi chercher de l’information à la bibliothèque ou sur internet.
2- Chaque groupe expose oralement ce qu’ils ont découvert. Pour éviter les exposés soporifiques, ne pas oublier de donner au groupe qui expose des consignes claires ou une grille d’évaluation sur vos attentes. Par exemple:
– durée de l’exposé: si l’exposé dure 5 mn vous aurez 2/2, s’il dure +7 mn vous avez 0/2, etc.
– lecture des notes: si vous lisez vos notes, vous aurez 0/3, si vous ne lisez pas vos notes 3/3, si vous lisez partiellement vos notes 1,5/3, etc.
Par ailleurs, pour éviter que les groupes qui écoutent ne s’endorment pendant l’exposé, des tâches peuvent leur être attribuées, par exemple:
– en groupe, chercher 2 questions à poser au groupe qui présente;
– en groupe, noter les idées clés de l’exposé dans un wiki, dans le blog ou la page facebook du cours;
– twitter l’information la plus importante avec le # du cours, etc.
Buzz groupe
1- L’enseignant pose une question ou un problème à l’ensemble des groupes.
2- Les groupes discutent entre eux pour se mettre d’accord sur la réponse.
3- L’enseignant demande aux groupes de donner leur réponse (Mémo du CSE). Pour accroître la motivation, on peut ajouter une dimension de compétition inter-groupe en marquant les points.
Jigsaw
1- On commence par attribuer un numéro à chaque étudiant. Par exemple: 1,2,3,4,1,2,3,4 etc. Dans un premier temps, en restant à leur place, les « 1 » travaillent individuellement sur le thème ou la problématique A, les « 2 » sur le thème B, les « 3 » sur le thème C et les « 4 » sur le thème D.
2- Dans un deuxième temps, tous les « 1 » se rassemblent, tous les « 2 » se rassemblent etc. pour confronter leur réflexion sur le sujet.
3- Enfin, on constitue des groupes composés de 1,2,3,4 où chacun va faire part aux autres de sa réflexion.
Dans le Jigsaw, tous les membres sont interdépendants: c’est parce que j’ai besoin des autres et que les autres ont besoin de moi que nous mettons en commun. Ce type de travail en groupe favorise la responsabilité individuelle et l’interaction, chacun se sent valorisé.
Le peer instruction.
1. Dans un premier temps, les étudiants lisent un problème, une question ou un cas et réfléchissent individuellement à la réponse.
2. Dans un deuxième temps, ils donnent leur réponse en votant avec des clickers ou des cartons de couleur.
3. Dans un troisième temps, les étudiants confrontent leur réponse avec celle de leur voisin qui n’a pas voté la même chose qu’eux : le voisin de droite, celui de gauche, de devant ou celui de derrière.
4. Enfin, la consigne leur est donnée de voter à nouveau pour donner leur nouvelle réponse. En général lors de ce deuxième vote, le taux de bonnes réponses a augmenté significativement.
La problématique des autres
J’ajoute ici un exercice que j’aime bien faire, je n’ai pas le souvenir de l’avoir lu quelque part, je vais donc le nommer ou le renommer « la problématique des autres ». Je l’ai fait avec des groupes de 220 enseignant-chercheurs, donc c’est possible en amphi.

1- En début d’heure, les participants se constituent en groupe de 4 ou 5 pour rédiger deux situations problématiques qu’ils ont eu des difficultés à résoudre ou qu’ils ne sont pas encore parvenus à résoudre (concernant leur direction de recherche, leurs enseignements etc.). En ciblant sur leurs problématiques dés le début de la séance, ça permet de briser la glace entre les participants, ce qui favorisera les échanges ultérieurs, et de les rassurer sur le fait que leurs problématiques seront bien abordées;

2- Vers la fin de la séance, les situations-problème sont distribuées aléatoirement aux différents groupes avec la consigne d’apporter un conseil pour chacune des situations-problème. Ils écrivent ces conseils sur la feuille;
3- Ensuite, les groupes sont interrogés « citez une situation-problème que vous avez eu et quels sont vos conseils par rapport à cette situation ? ». Quand ils sont nombreux, je demande de mentionner oralement une seule situation-problème. Néanmoins, les feuilles sont récupérées à la fin de l’exercice, de manière à ce que les participants qui le souhaitent, puissent lire le conseil qui leur a été donné.
Groupe problematique des autres

CONDITIONS POUR QU’UN TRAVAIL EN GROUPE FONCTIONNE BIEN

Je retiens les 5 points suivants, que j’ai appris Lorsque je travaillais au CSE de l’université de Lausanne :
1 Consignes claires. Les consignes peuvent être formulées par oral, mais aussi par écrit, de manière à ce qu’elles soient claires pour tous les étudiants, même pour celui qui raconte son week-end à son voisin pendant que vous expliquez les consignes.
2 Obligation de production. A l’issue du travail en groupe, les étudiants doivent nécessairement produire quelque chose (une idée, une réponse, un exposé, un dossier, un poster, une situation problème, un film, etc.). Un travail de groupe avec un objectif de production clairement défini et explicité aux étudiants favorisera l’investissement des étudiants.
3 Interdépendance. Il est souhaitable que les membres du groupe soient mutuellement dépendant les uns des autres, pour éviter qu’une seule personne du groupe fasse tout le travail. Par exemple, une partie de la note peut être attribuée à la production commune du groupe et une autre partie à une production individuelle des membres du groupe. L’enseignant peut également désigner lui-même, en aval le rapporteur, avec un dé ou un crayon qu’il fait tourner. Ne sachant pas qui sera d »signé comme rapporteur, il est probable que les étudiants soient davantage attentifs et participatifs au sein du groupe.
4 Assistance : l’enseignant passe dans les groupes pour s’assurer que les consignes ont été bien comprises, il apporte son aide, guide et stimule la réflexion.
5 Mixité. Comment composer les groupes? Laisse t-on les étudiants constituer eux-mêmes leur groupe au risque qu’un ou deux étudiants se retrouvent tout penauds de ne pas avoir été choisis (comme en cours de sport au collège :) )?
Est-ce que l’on crée soi-même les groupes ? De quelle manière ? groupes de niveau ? groupes hétérogénes ? un étudiant meilleur avec un moins bon dans chaque groupe ? groupe au hasard ? Pour créer des groupe au hasard l’une des techniques consistent à attribuer un numéro à chaque étudiant. Ensuite, tous les 1 travaillent ensemble, tous les 2 ensemble etc.

POUR ALLER PLUS LOIN

– Buchs, C. La distribution des informations dans les dispositifs d’apprentissage entre pairs. In book: Vers des apprentissages en coopération: rencontres et perspectives, Edition: Bruxelles: Peter Lang, Publisher: Y. Rouiller & K. Lehraus, pp.57-80.
– Mémo du CSE de l’université de Lausanne. Enseigner à un grand groupe.
Clique ici


Dessin2
Dessin issu de mon blog « La thèse nuit gravement à la santé«